
Reprendre l'affaire familiale
Reprendre l'affaire familiale présente un certain nombres d'avantages et notamment des chances de succès plus élevées par rapport à d'autres types de reprise. Mais pour cela, un certain nombre de conditions doivent être réunies :
L'entente familiale doit être bonne. S'il y a plusieurs enfants, ils doivent tous avoir pour priorité la sauvegarde de l'entreprise familiale, en acceptant le cas échéant une sous-évaluation de la valeur de l'entreprise cédée.
Le repreneur doit être demandeur. Sa volonté de reprendre doit être clairement exprimée. Il n'y a rien de pire qu'une succession imposée par un chef d'entreprise autoritaire.
Le cédant et le repreneur doivent se trouver dans une situation de partenariat. Le cédant ne doit pas dicter les règles...
Le repreneur doit se sentir prêt et savoir ce qui l'attend. C'est notamment le cas lorsqu'il travaille déjà dans l'entreprise avant la reprise effective (situation fréquente).
Les atouts de ce type de reprise
Lorsque les conditions visées ci-dessus sont réunies, la cession se fait généralement dans de meilleures conditions : le prix de cession est moins élevé, les conditions de financement plus souples (notamment grâce au crédit vendeur familial), l'accompagnement du cédant plus long.
Le dirigeant est généralement soucieux de laisser à son enfant un outil opérationnel et non obsolète. Il est donc fréquent qu'il renouvelle, avant de céder l'entreprise, le parc informatique ou le parc des machines et outillages.
Les difficultés liées à ce type de reprise
Ce type de reprise n'est pas exempt de problèmes d'ordre psychologiques, patrimoniales et juridiques.
Pour le repreneur
Poids de l'héritage familial. Certains repreneurs partent avec un "fardeau sur le dos" :
- assurer la pérennité de l'affaire familiale, la faire fructifier,
- ne pas réduire à néant de travail de toute une vie, continuer l'œuvre de ses parents,
- ne pas décevoir...
Difficulté de s'imposer en tant que "patron" et gagner la confiance des salariés, des clients et des autres partenaires de l'entreprise (fournisseurs, banques, etc.).
Certains repreneurs doivent prouver leurs capacités managériales pour prendre les commandes dans de bonnes conditions, en gérant la transition tout en imprimant leur marque.
Manque d'autonomie. Il n'est pas rare que le cédant ait du mal à "décrocher", à tourner la page et à confier l'entière responsabilité à son ou ses enfants.
Pour le cédant
Nécessité d'assurer une certaine égalité entre tous les enfants.
Or, il est souvent difficile de faire un partage égal entre-eux : l'entreprise peut être trop petite pour plusieurs repreneurs, il n'y a peut-être pas d'autres biens, etc.
A cela s'ajoute le fait que l'entreprise est souvent sous-évaluée. D'autres enfants peuvent donc se sentir lésés, le risque étant de transformer leurs doutes en rancœur. Dans une telle situation, le rôle de la communication au sein de la famille est primordial.
Nécessité d'assurer un pouvoir stable en cas de reprise collective entre plusieurs enfants, au profit d'un héritier repreneur et de maintenir malgré tout une certaine égalité entre les enfants. D'où le recours fréquent à une société holding familiale de contrôle.
Difficulté à s'effacer complètement.
Difficulté à trouver l'équilibre entre ses besoins financiers futurs, le règlement progressif de la transmission de son patrimoine (dont l'entreprise constitue parfois l'essentiel) et le traitement adapté des différents ayants-droits, notamment dans les cas complexes (enfants de plusieurs lits, conjoint divorcé, nouveau compagnon ou compagne).
Attention : le choix du mode juridique de reprise (donation, donation partage, vente, apport à une holding) est lourd de conséquence sur le plan fiscal. Il est impératif de consulter longtemps à l'avance notaire et conseillers patrimoniaux et de ne pas hésiter à s'appuyer sur un avocat du droit des affaires.
Quelques conseils pour les repreneurs
Ne pas céder à la pression familiale et ne pas se lancer dans un tel projet si on ne se sent pas l'âme d'un dirigeant ou si l'on a envie de mener une autre carrière.
Prendre son temps. Même si le repreneur travaille dans l'entreprise depuis un certain temps, la transmission ne doit pas se réaliser dans la précipitation. Si possible, prévoir une phase transitoire avec éventuellement une formation à la reprise, un rachat progressif des parts, une location gérance, ...
Si la reprise doit être largement anticipée, la période active de la succession ne doit pas être trop longue, au risque pour le repreneur de rencontrer des difficultés à s'imposer. II ne peut pas y avoir plusieurs patrons en même temps !
Rassurer les salariés en les tenant régulièrement au courant de l'avancée du projet et en leur expliquant la stratégie du repreneur.
Il est important qu'ils sentent la motivation de ce dernier.
Pour une entreprise importante, rédiger un "protocole familial" (ou "pacte de famille"), arrêtant les règles qui régiront les relations futures entre la famille et l'entreprise : qui pourra travailler dans l'entreprise ? Quel profil sera exigé pour assurer des fonctions de direction ou pour faire partie du conseil d'administration ? Comment seront rémunérés les dirigeants ? Quelles seront les règles en matière de distribution de dividendes, etc.
Pour une entreprise importante, faire ses preuves au préalable dans d'autres entreprises, si possible à l'étranger, pour apporter de nouvelles connaissance et de nouvelles compétences. Un parcours "initiatique" dans les différents services de l'entreprise peut également être très bénéfique.
Enfin, être patient. S'il n'est pas possible d'apporter de grandes modifications avant la succession, éviter de bouleverser l'entreprise tout de suite après.
